jeudi 13 octobre 2011

Ne pas suivre le trafic.

Mercredi dernier, 5 octobre: une journée d'ateliers de bandes dessinées pour les classes de 5e et 6e année d'une petite école de Drummondville.

Stratégie: Partir mardi soir et dormir chez mes parents dans un village pas trop loin. Histoire de couper la distance en deux (et de diminuer la fatigue pour la stressée que je suis en pré-animation).

En pratique: J'ai fait une escale dans la maison parentale avec pour résultat: une nuit de non-sommeil. Agitée telle une puce sous les draps, malgré la noirceur totale que j'affectionne dans cette chambre au sous-sol (jamais inondé) et réveil à 4h30. L'angoisse que mon père, réveil-matin-humain pourtant toujours très fiable, ne m'oublie et que je sois en retard. Dah.

Résultat: J'ai eu une super belle journée d'animation. Les élèves étaient très gentils, passionnés et passionnants et l'énergie (voire cette adrénaline) était bien présente. À la fin de la journée, vers les 16h00, quand je suis montée dans mon bolide, la fatigue s'est repointée dans ma jolie tête. "Ouf, c'est terminé, je peux enfin rentrer chez moi", me suis-je dit, pour rester réveillée.

NDLR: Je suis du type "dormeuse au volant". Mmm. Une conséquence d'être une hyperactive non-médicamentée. Quand je reste en place et que je fixe la route plus qu'une trentaine de minutes, j'ai le cerveau qui se détraque et qui croit que c'est le temps de dormir. La solution: des disques de musique qui jouent à fond de train et que j'accompagne de ma splendide voix. Hem Hem. Et j'ouvre les fenêtres. Question d'avoir du vent et de partager ma voix avec les autres. Généreuse en tous temps. Rhô.

Bref, j'ai roulé tranquille sur l'autoroute jusqu'à cette sortie "Ste-Madeleine" que mon père m'avait fortement suggéré d'emprunter. Question d'éviter le trafic du retour à la maison dans la populeuse banlieue. Ce que j'ai fait. Non sans crainte de me perdre.

Et la crainte s'est avérée. Après avoir attendu pendant 20 minutes qu'un maudit train passe dans le milieu du village, je n'ai pas tourné au bon endroit. La route m'indiquait que je me rendrais à St-Damase. St-Damase??? De kossé? Connais pas. Mais ça ne sentait pas bon. J'ai tourné dans une cour de maison de campagne - là où le chien a tenté de casser sa chaîne pour me casser la gueule - et je me suis encore gourée de chemin. Parce que j'ai suivi le trafic. IL NE FAUT PAS FAIRE ÇA. "Depuis quand je suis une suiveuse, aussi?", me dis-je à voix encore plus haute que celle de Indochine.

Le panneau indiquait la 116. Je me suis souvenue que la 116 mène à Beloeil, ville qui se trouve de l'autre côté de Mont-St-Hilaire. En me rendant dans cette ville-à-la-butte-yuppie, je me retrouverais. Je connais ce chemin par coeur.

Sauf que nan. Rendue dans la ville de Mont-St-Calvaire (s'cusez), il y avait un trafic MONSTRE. Pare-choc à pare-choc. Et que je te klaxonne. Et que je te dépasse. Et que je te dévisage, pauvre nouille tu tournes ou quoi? (La pauvre nouille étant moi, complètement blonde pour la cause)

Exaspérée du trafic, j'ai décidé de prendre une rue à gauche. La gauche étant une valeur sûre pour me rapprocher de Ste-Banlieue. Sauf que les panneaux n'indiquaient pas que sur ce chemin, se trouvaient tous les yuppies-en-VUS et des !|"$$%& de travaux en PLEINE PENTE. La vraie de vraie joie de conduire une auto manuelle et de tenter de ne pas reculer dans le pare-choc en titanium du riche conducteur qui me suivait tout en parlant au cellulaire (ben oui) et en textant avec la langue... les mains étant occupées à masser ses pieds endoloris par ses chaussures en cuir italien-bio-vache-élevée-au-foin-sans-oestrogènes.

La soudaine (!) envie de pleurer s'est présentée comme option. "Non, X-Mom. Quand même, c'est pas le temps".

Mais justement, c'était une question de temps. Bordel, à vouloir prendre un raccourci, je venais de perdre une heure!!!!!! Je pouvais-tu être en beau saint-cibole? Et avoir envie de me ranger sur le côté comme une gamine et pleurer jusqu'à ce qu'un valeureux towingeur (beau mot) vienne me secourir?

Après avoir combattu mes larmes... tenaces bestioles presque virales, je me suis perdue dans les tites-rues de Otterburn Park. Mais en souriant, puisque Otter, c'est pas une loutre, ça, en français?

Bref, j'ai roulé tranquillement à nouveau sur la 133. Le vent dans les cheveux et la voix bien réchauffée.

Jusqu'à cette lumière à Richelieu.

Devant moi, deux voitures. Deux voies. Dans celle de gauche, où on peut tourner à gauche (ooouh) ou aller tout droit, se trouvait la première voiture qui voulait tourner et qui attendait son tour. Derrière elle, une voiture qui a décidé de ne pas attendre et de prendre la voie de droite, qui elle, ne sert qu'à tourner à droite. Après la lumière se trouvaient 6 ou 7 policiers qui interpellaient toutes les voitures qui continuaient tout droit.

J'ai cru à une sorte de barrage. L'instant d'une seconde, je me suis dit: On n'a pas le droit de prendre une voie strictement pour tourner quand on veut continuer, non?. J'aurais dû me fier à mon instinct. Car la fille d'en avant, elle l'a fait. Et moi, beau mouton, je l'ai suivie. Me disant que c'était correct.

MAIS NON!!! Les tits-policiers arrêtaient JUSTEMENT TOUS les conducteurs qui ont fait cette magistrale faute de conduite. Moi inclus.

- Madame, vous venez de prendre une voie qui est réservée pour tourner à droite.

- ... Je sais. Je me demandais justement si on avait le droit. (Non, hein?). J'ai suivi la fille d'en avant.

- Il ne faut jamais suivre les autres.

- Je sais. Je suis désolée. Je peux me ranger à côté des autres voitures?

Dans ce "stationnement improvisé", il y avait une vingtaine de voitures de gens, qui, comme moi, avaient péché par soif de gagner du temps. Beau piège, hein.

Une fois garée, la nervosité était bien là.

- Vous allez me donner vos papiers, svp.

- Les papiers? Hein? C'est lesquels déjà. (Bravo ici, wowo)

- Vos papiers d'assurance et vos immatriculations.

- Hein? Ben oui. Sont où déjà? (Mauvaise question à dire à voix haute. Fallait voir le regard accusateur)

- Alors?

- Hein? Euh... attendez, je les ai. Voilà.

Je lui dépose dans les mains une pochette en faux-cuir qui DÉBORDE de tits-papiers depuis l'an 424 avant J-C. Il farfouille et me lance:

- Vous avez toute une collection. Mais vous n'avez pas les bons?

- ??? Pardon? Les bons? Ceux de cette année?

- Ils n'y sont pas. Ça ne va pas bien, Madame.

- Pour aller bien faudrait que ça aille mieux. (Quelle logique) Parce qu'en ce moment, ça ne va pas du tout.

Et là, comme les plus grands clichés des films pour ados, je me mets à pleurer. Grande gamine tout empêtrée dans ses papiers et dans sa nervosité très évidente.

- Madame (sourire léger), je vais voir ce que je peux faire.

- Mais je vous jure qu'ils sont DANS l'auto, les BONS papiers. X-Man me l'a dit juste avant que je parte. Mais vous savez, je suis épuisée... je n'ai pas dormi de la nuit, je me suis perdue depuis une heure dans les routes obscures de Mont-St-Hilaire et je suis une vraie fille. Une fille qui braille comme une idiote devant un policier. À 32 ans, ça mérite une médaille, non?

- ...

Il est parti. Fallait que je retrouve mon calme. Je devais l'avoir laissé dans une pente vingt minutes plus tôt. J'étais là dans mon auto, à pleurer comme jamais... les sanglots, les renifles et le maquillage qui coulait. Le plus beau tableau de l'hystérie. Dans ma tête, tout s'embrouillait. "On n'en a pas assez, de la marde, hein de ce temps-là??? Après une deuxième inondation, les travaux qui n'avancent pas assez vite et tous les rendez-vous pour X-Boy *même s'ils donnent de supers résultats*, j'avais besoin de pogner mon premier ticket??? De passer la moitié de ma paye (pour une fois que je travaille!)`pour payer une ostie de faute de conduite??? C'est vraiment nécessaire??? Je n'avais pas assez pleuré dans les derniers mois, hein? Je paye pour là là???"

J'étais dans un mode d'autodestruction quand j'ai finalement trouvé les bons papiers dans le manuel du conducteur. (Bravo) Je sors de la voiture, drama-queen, les bras en l'air, victoire oblige.

Tous les policiers se braquent, le "mien" me dit de retourner immédiatement DANS ma voiture. "Vous n'avez pas le droit de sortir de votre véhicule, X-Mom".

???

On n'apprend pas ça dans nos cours de conduite, bordel. J'ai failli semer la panique totale. Par chance que mes neurones avaient fait en sorte que j'avais les deux mains en l'air. S'il avait fallu que je les aie dans les poches? On aurait cru que j'allais sortir une arme?

Rhôôôô.

Rien pour m'aider à arrêter de pleurer. Je suis retournée inonder mon siège et mon pare-brise. (ça existe, des essuie-glace pour l'intérieur?)

Le policier est revenu avec ma contravention. Un beau 156$.

- Merci. (On remercie les policiers, c'est beau la politesse, wow)

- Madame X-Mom... vous pourrez reculer dans la voie rapide pour sortir?

- ???

- Je répète. Vous pourrez reculer?

- Reculer dans un stationnement en pente parmi toutes ces voitures? NON. *J'ai levé le ton, malgré moi*.

- Mmm. Je vois.

- ÇA SE VOIT TANT QUE ÇA???  GROSSE NULLE AU VOLANT DÉGUISÉE EN RATON-LAVEUR??? (n'ai pas osé.)

- Je crois que ça va être difficile.

- Je vois. (ENCORE???)

- ...

- Madame X-Mom, je vais faire bouger les autres voitures afin que vous puissiez partir d'avant. Vous êtes prête?

- Oui. (renifle puissance 10)

***

J'ai roulé en pleurant sans arrêt jusqu'à la maison. Et je ne voulais pas sortir de la voiture. X-Man était rentré du boulot et Mamie-Z, qui gardait le petit, était encore là. Pas question que Mamie-Z me voit dans un tel état.

- Bonjour X-Mom-chérie.

- Salut (renifle puissance 8) X-Man.

- Ooooh. Mais qu'est-ce que tu as?

Et là, j'ai beuglé ma triste vie en moins de 2 minutes. Toute la rage contenue, la lassitude de vivre des "zaventures rocambolesques" et la frustration de travailler pour payer la polisse (câlisse, bon).

X-Boy, qui soupait alors, a éclaté en sanglots. Ben oui. "Quand maman pleure, je pleure aussi". (C'est pas un peu injuste comme vie, ça? Je ne peux pas être triste TOUTE SEULE??? Faut que le gamin compatisse?)

Mamie-Z se tenait droite, debout près du bambin-en-pleurs-pourquoi-donc?

Elle m'a ouvert les bras. Une vraie de vraie mamie. Et une vraie mère. Elle m'a laissé pleurer 34 secondes et m'a dit que j'avais raison d'être insultée. Personne n'aime se faire prendre en faute. Et oui, c'est fâchant quand on gagne si peu d'argent de le donner ainsi "volontairement". Puis elle a dit ceci, d'une voix tendre comme le chocolat:

- Bon, allez, X-Mom. Tu vas enlever ce maquillage tout dégoulinant et vous sortez au restaurant.

- Hein? Au resto? Comment ça?

- Oui, au resto. Tous les deux, en amoureux. Ça va vous faire du bien. Allez.

- Mais.. mais...

J'ai cessé les répliques. Combattu cette folle envie de m'apitoyer sur mon sort et d'aller pleurer jusqu'au sommeil dans mon lit.

X-Boy a cessé de pleurer quand je l'ai pris. Faut dire qu'avec le look-total-raton-écrasé-sur-le-bord-de-la-133, y'avait de quoi pleurer d'effroi! X-Boy m'a lâché un de ces sourires et je suis redevenue calme. (dans la mesure où je PEUX être calme)

Mamie-Z a repris le petit puis nous sommes partis au resto.

Au resto un soir de semaine? En amoureux?

Oui.

Et ce qu'on a ri.

Le beau temps après la pluie, comme le veut l'adage.

***

Et ce soleil, il était là grâce à Mamie-Z.

Merci Mamie-Z.

De tout mon coeur.

7 commentaires:

  1. Alors, moi aussi je répète: Merci Mamie-Z!!!

    Je pense qu'on est dû pour une fiole d'eau bénite, non?

    J'admire aussi ton sens de l'humour, de la dérision et ta plume. Bravo!!!

    XXX

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  2. Maudine qu'on ferait un beau duo de Marie-Claude qui chauffe une manuelle et qui a envie de pleurer lorsque la soupape en peut plus. Vivement un moment de libre dans ma vie folle et on se paye une mamie gardienne pour aller prendre un café! Superbe texte! xox

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  3. Quelle aventure moche! En te lisant, à un moment, je croyais que tu allais nous dire que le policier t'avait laissé une chance, mais je m'étais trompée. Grrrr!

    Au moins, tu as pu décompresser par la suite.

    À bientôt!

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  4. Tout au long de ton récit, j'avais peur que tu aies eu un accident. Moi, c'est ce qui me stresse quand je conduis une auto manuelle... (ce qui arrive très très rarement parce que j'haïs tellement ça!!!!).

    Heureusement, l'histoire se termine bien! J'imagine que ce n'est pas toi qui a conduit pour te rendre au resto. ;)

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  5. J'ai plein de noeuds de compassion dans l'estomac. Moi aussi j'haïs conduire dans un coin que je ne connais pas. Je ne vois qu'un seul point positif à ton épouvantable aventure, au moins ton fils ne hurlait pas d'impatience en arrière. Je porte un toast à Mamie Z!

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  6. C'est donc bien beau ce texte-là, et touchant et réaliste et bien raconté.

    Mais quand même, vous allez demander un GPS comme cadeau de Noël, promettez-le moi. Ça va changer votre vie comme ça a changé la mienne.

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