mercredi 5 mai 2010

Festoyons!

Aujourd'hui, 5 mai 2010, c'est l'anniversaire de la nouvelle tête de X-Boy! En effet, à pareille date l'an passé, X-Boy délaissait son statut de Klingon (donc sa brillante future carrière dans Star Trek 12!) pour avoir sa nouvelle tête à la Charlie Brown. Au grand plaisir de sa mère qui dessine, depuis son jeune âge, des bonshommes inspirés inconsciemment de Schulz.

Toujours est-il que m'habitent cette semaine de drôles de sentiments... Une baisse d'énergie (appeler Hydro n'est PAS une solution, j'ai essayé! haha), un certain vague à l'âme, une tristesse latente, une toute petite tristesse qui réussit à m'empêcher d'être aussi survoltée que d'habitude.

Pas moyen de stimuler X-Mom à planifier un nouveau projet de déco, pas moyen de la faire se concentrer sur une plaque de bois à peindre (tu me pardonneras, Rouk, please please please!) ou sur un miroir à décorer.

Non. Et je me suis demandé: puis-je avoir des réminiscences de cette dure épreuve? Puis-je-je très inconsciemment me retrouver dans le même état d'arrêt mental? Tout est possible.

Surtout au Pays des Superhéros.

Et comme j'ai le pouvoir de chasser mes mauvaises énergies par le biais de l'écriture, je vous partage des souvenirs moins joyeux. Je suis généreuse, wow!



Mise en situation: X-Boy est né avec une gentille crâniosynostose de type trigonocéphalie. En clair: il a le front pointu de par une soudure qui s'est faite alors qu'il était pourtant dans un bedon bien rond. Résultat: ce n'est pas comme la fontanelle, ça ne va pas bouger et se souder à nouveau. Conclusion: on doit refaire le crâne de X-Boy afin que son cerveau ne soit plus pointu. Ça fait des gens pointilleux! hahaha

Ainsi, il nous aura fallu attendre un an avant l'opération. Car c'est à cet âge précis que les os crâniens commencent à se souder. Un an à avoir des inquiétudes, des remises en question (est-ce que c'est VRAIMENT nécessaire?), des certitudes que c'est la seule et bonne chose à faire, des paniques face aux virus indétectables qui pourraient compromettre la rémission, bref, de jolies pensées qui comblent un quotidien déjà très rempli en questionnements...

Un an à se dire: ouf, s'il fallait que la maudite grosse veine fuyante qui loge sur le cerveau décide de fuir, comme son nom l'indique, et qu'elle se fasse malencontreusement couper au passage par le scalpel pourtant si habile de la chirurgienne? Hein??? S'il fallait. Vous ne saviez pas, mais THE veine fuyante a remporté l'Oscar du meilleur second rôle dans nos cauchemars de parents. Le premier étant rempli par la brèche dans la duremère qui entraînerait des handicaps lourds.

Non, ce n'est pas un fait heureux de s'imaginer la mort de son gamin. Mais il a fallu passer par là. Et se rassurer en se disant que le syndrôme du choc toxique existe, que le syndrôme du nourrison mort-né fait partie des statistiques et qu'un accident de voiture, c'est si vite arrivé.

Ainsi, le matin de l'opération, j'avais le cerveau à "stop". Comme si toute pensée était inutile puisque je remettais la vie de mon bambin entre les mains de la compétence humaine. Et de la science. Laquelle l'avait sauvé à la naissance, donc un + 10 au niveau de l'espoir.

Ce matin-là, donc, j'ai réveillé X-Boy à 5h00 du matin, en lui rappelant qu'il déjeunerait un autre jour. Car ce matin, pas question de régurgiter ton lait et tes céréales sur les blouses des docteurs. Ni sur moi. (Tiens, ce fut un des premiers matins où j'ai pu garder le même chandail!!!) Non, petit bonhomme, tu t'en vas te faire remodeler la boîte crânienne par la gentille docteure au regard bleu si intense. Oui, oui, celle qui t'a dit: "C'est une très belle trigo, une opération de routine!".

Ainsi, nous avons installé X-Boy dans son siège d'auto et nous avons affronté le trafic en silence. Seule la radio jouait. Je m'endormais terriblement, puisque cela devait faire un mois que je dormais par principe, quoi. Un mois que je restais dans la maison à l'abri de tout contact avec un potentiel virus. Un mois que je me lavais les mains sans arrêt, que X-Man changeait de vêtements en revenant du travail. Un mois d'abstinence sociale et amicale. Un loooooong mois à me préparer pour ce jour J triple majuscules. Et voilà qu'on y était, facile de même.

Arrivés à l'hôpital, on a fait enfiler à X-Boy la charmante jaquette jaune. Il souriait encore. Faut dire qu'il n'avait pas encore compris qu'il ne mangerait pas. Patient comme il est (Monsieur attend 30 minutes CHAQUE matin avant de déjeuner à cause d'un médicament contre l'acidité gastrique!), il croyait que c'était un autre rendez-vous de routine. Un test quelconque à passer. Avec une incidence plus grande, vu le silence de ses parents. Depuis quand elle ne rit pas fort, ma mère, hein?

Nous nous sommes dirigés vers la salle d'attente des pré-op et là, la tristesse a gagné du terrain. Mes larmes sont restées au bercail, mais j'avais les bras comme des barreaux très doux. J'enfermais X-Boy contre mon coeur, bien emmitouflé dans sa couverture-blanche-avec-une-toute-petite-grenouille-brodée-au-coin. Je le tenais serré, je le regardais. Et je regardais X-Man. Solide comme le roc. (comme la rock star aussi! hommage à Iron Maiden! haha) Et X-Boy souriait encore. "Je déjeune quand, déjà?"

Et là, la fillette à la jaquette jaune et aux cheveux frisés noirs s'est mise à crier. Un cri à fendre le ciel, un cri qui est resté dans mes neurones depuis ce temps. Un cri qui m'a fait frémir, qui m'a fait comprendre la force de la vie. Sa mère la tenait contre elle, tentait de lui donner la confiance pour qu'elle suive la chirurgienne, qui elle, tenait la petite main de la fillette avec la conviction de repartir avec. (pas avec la main, avec la fillette!) La mère a éclaté en sanglots, elle a défait le poigne de sa fille et la chirurgienne est partie sans se retourner. La fillette a crié, pleuré, ragé, jusqu'à ce que les portes battantes se referment.

X-Boy n'a pas bronché. X-Man a été ébranlé, il m'en reparle encore. De mon côté, j'ai observé X-Boy et je l'ai remercié d'être aussi souriant. Tu le mériteras, ton gros déjeuner, petit bonhomme. J'y rajouterai du sirop d'érable et des patates douces, si tu veux. (C'était son aliment préféré, on ne choisit pas!) Et j'ai pensé: "T'es mieux de revenir, par exemple. Parce que je ne peux pas aller de l'autre côté des portes battantes pour te sauver. T'es mieux de faire ce qu'elle te dit, la chirurgienne. Si elle te dit de respirer, tu respires, si elle te dit de ne pas bouger, tu ne bouges pas. Et surtout, tu lui parles, à cette grosse veine, d'accord. Qu'elle reste chez elle, bon."

La mère est partie dans une autre salle pour attendre. Et la chirurgienne de X-Boy est arrivée.

Vêtue d'un ensemble bleu marine, elle portait son foulard de chirurgie mutlicolore (elle a dit qu'on la reconnaîtrait ainsi!) et elle arborait THE sourire qu'il faut pour convaincre une mère de laisser aller son bébé. Sans mots dire, elle a soulevé Édouard, l'a bien emmitoufflé dans sa couverture-doudou, elle nous a sourit et elle a dit: "On se revoit dans 8 ou 10 heures". X-Boy lui souriait, convaincu qu'elle aussi, elle lui donnerait une montagne de patates douces dans quelques instants.

L'infirmière-assitante de la chirurgienne nous a emmenés dans une salle connexe où elle nous expliquerait quand et comment on pourrait revoir X-Boy. Et là, j'ai pleuré quelques larmes (mais très sincères les larmes!) contre la poitrine de X-Man, qui lui, écoutait attentivement les directives. Moi, je n'avais toujours pas démarrer mon cerveau toujours au mode "Arrêt", comme un panneau de signalisation bien fixé dans son bloc de béton.

Nous avions donc au moins 7 heures devant nous.

Qu'est-ce que ça fait, des parents, pendant les 7 plus loooongues heures de leur vie?

Ça marche. Dans le sens de marcher. Nous, on a fait ce qu'on nous avait dit: "Sortez de l'hôpital".

On est allé déjeuner en face et j'ai tenté d'avaler de la nourriture. Allez savoir, j'avais un noeud dans la gorge, dans l'estomac, dans l'âme, dans l'univers de ma vie entière.

On nous appelerait quand ce serait fini. Jusque là, "changez-vous les idées".

On n'a pas pu se les changer, les idées. Le cellulaire de X-Man a sonné tandis que je me faisais courtiser par une bouchée de toast au beurre.

"Monsieur X? C'est le chirurgien-ophtalmo".

Dans les yeux de X-Man, j'ai compris que c'était l'hôpital. J'ai cessé de respirer.

X-Man a confirmé, "il n'y a pas de problème, vous avez mon accord". J'ai expiré un peu.

- Ils vont lui déboucher un canal lacrymal en même temps, mais ça prenait notre ok...

- Hmahpahahagehhrhwh?, répondais-je en chinois de Malaisie.

Et là, les écluses du larmoiement ont un peu plus cédé. Mais seulement 5 minutes.

"Moi qui pensais que c'était grave, que X-Boy n'avait pas bien réagi à l'anasthésie, que la chirurgienne avait fait une erreur et lui avait ouvert le coeur au lieu de la tête, que le Président des États-Unis avait demandé qu'on enrôle X-Boy dans les forces secrètes, que !!!"

J'ai cessé de pleurer et j'ai avalé mon déjeuner. En l'honneur de X-Boy qui mangeait de l'anasthésiant, tiens.

Et nous sommes partis marcher dans la métropole. Tiens, un parc, allons nous balancer. Tiens des "zethniques", regardons-les s'amuser. Tiens, des blancs innocents, commentons leur bsitude. Tiens, des gens normaux, silence. Tiens, un magasin à grande surface. Allons-y gaiement. (gaiement étant un ajout volontaire pour égayer le périple!)

- J'ai besoin de chandails pour l'été., dit X-Man, terriblement convaincant. (Il connaît ma faille pour la recherche de vêtements top-cool!)

- Moi aussi. C'est vrai.

- Et bien magasinons.

OUI, nous avons magasiné!!! Faut le faire, hein? Pendant que notre mini-héros se faisait ouvrir le crâne et scier le front en petits morceaux à recoller, nous ACHETIONS DES VÊTEMENTS!!! Scandaleux, n'est-ce pas? Mais je n'ai jamais été aussi triste d'essayer des chandails. Chaque fois que j'en enfilais un, je me rappelais pourquoi j'étais là, dans ce foutu magasin à rayons. Et je respirais pour ne pas pleurer. On ne pleure pas dans une cabine d'essayage, voyons donc. À moins d'avoir l'air rosbif dans un g-string, mais c'est une autre histoire.

On est sorti deux heures plus tard de ce magasin avec une douzaine de chandails d'été. La vendeuse, à qui j'ai raconté rapidement le pourquoi de nos faces longues, était tellement émue qu'elle nous a fait des rabais du genre: celui-ci à 2$, ça vous va?. Dans un autre état mental, je l'aurais embrassée sur la bouche. Je me suis contentée d'un merci. Et X-Man aussi.

Nous avons ensuite marché au moins une autre heure avant d'aller diner. J'ai un blanc, je ne me souviens plus où c'était. En fait, je ne me souviens plus du tout de ce que nous avons fait jusqu'à 18h30. (L'opération était à 8h00) J'ai été prise dans mon sens unique. Dans l'attente.

Vers 19h00, la chirurgienne est arrivée dans la salle (où on passait des infos-pubs du Sham-Wow, ça je me rappelle en avoir ri aux larmes! Tant qu'à pleurer!) et nous a dit qu'il y avait eu un délai, mais que tout allait bien. Qu'elle refermait le tout et qu'on pourrait voir X-Boy dans quelques heures en salle de réveil, aux soins intensifs.

Le "Stop" est disparu de mes pensées.
X-Man a souri, je ne me souviens plus du reste.
Mais nous avons souri jusqu'à maintenant, en ce jour où il a démontré qu'il était un véritable héros, avec ou sans sa tête pointue.

1 commentaire:

  1. Je t'aime X-Boy! Je vous aime, famille Mutante! Bouhouuuu...

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